Tag Archives: The Cinematic Orchestra

[on my iPod] La bande originale – du grand écran au baladeur

16 Nov

Oui, je vous avais déjà parlé ici de Johannes Brahms, sans pour autant vous dire qu’il illustrait le générique de fin de “There Will Be Blood” de Paul Thomas Anderson. Mais autant vous annoncer tout de suite la couleur, ce que vous allez lire risque d’être aussi long que le temps que cela m’a pris de me décider à l’écrire. Mais si vous êtes ne serait-ce qu’un peu courageux, et patients, vous pourrez partager avec moi l’union de mes deux grandes passions dans la vie, la musique et le cinéma.

Car oui, il m’est impossible de passer une seule journée sans écouter de la musique, comme il m’est difficile de passer plus d’une semaine sans me rendre dans une salle obscure. Et c’est que, pour moi, et sauf quelques exceptions, mes films préférés ne le sont pas uniquement par leur histoire, leur casting ou leurs images, mais aussi par leur musique.

Et dans l’art de faire de bon films en choisissant la bonne musique pour les illustrer, il y a certains réalisateurs qui excellent dans la matière.

Parmis mes préférés, l’israélien Eytan Fox (“Tu Marcheras Sur l’Eau”, “The Bubble”), le norvégien Joachim Trier (“Nouvelle Donne”, “Oslo, 31 août”), le britannique Shane Meadows (“This is England”, “Somers Town”) ou encore l’américain Wes Anderson (“The Darjeeling Limited”, “Moonrise Kingdom”) et le québécois Xavier Dolan (“J’ai Tué Ma Mère”, “Les Amours Imaginaires”).

Leur point commun ? ce sont des réalisateurs qui ont une signature visuelle et un univers musical particulier qu’ils réusissent à partager à travers chacune de leurs œuvres. En général la bande originale de leurs films est une belle compilation de morceaux très personnels ou qui ont été savamment choisis afin de marquer une scène, accompagner une bande-annonce, et qui sont capables de nous raviver en nous des souvenirs du film en l’espace de quelques secondes.

Comme premier exemple, parce qu’il fallait choisir, j’ai pris un morceau présent dans le plus récent film de Xavier Dolan. De ses trois films, tous présentés au Festival de Cannes dans diverses catégories, “Laurence Anyways” est le plus long, mais aussi celui auquel je me suis le moins identifié. Serait-ce que ce que je préfère chez Xavier Dolan réalisateur est lorsqu’il met en scène Xavier Dolan acteur ? c’est possible, en attendant (avec impatience) son prochain long-métrage, voici “A New Error” des allemands de Moderat, morceau qui illustre la bande-annonce de “Laurence Anyways”.

 

Un autre exemple, celui de Wes Anderson, dont on ne peut ignorer la francophilie si on a vu au moins un de ses films. Ainsi entre musique classique et blues, il ne pouvait pas manquer dans “Moonrise Kingdom”, qui a fait l’ouverture du Festival de Cannes cette année, une belle scène pleine d’innocence où les deux protagonistes principaux dansent sur la plage au son de Françoise Hardy pour marquer “Le Temps de l’Amour”.

 

Il existe également le cas des bandes originales composées sur commande, et sur mesure, par des artistes plus ou moins connus. C’est souvent le fruit d’une collaboration étroite entre le réalisateur et le(s) compositeur(s) pour des films dont les images inspirent la musique, et inversement.

Tel est le cas des bandes originales de “Hanna” de Joe Wright, par The Chemical Brothers, de “Submarine” de Richard Ayoade, par Alex Turner, de “L’Arbre” de Julie Bertucelli, par The Cinematic Orchestra ou encore de “Away We Go” de Sam Mendes, par Alexi Murdoch.

C’est aussi en quelque sorte le cas de “Bellflower” petit OVNI du cinéma indépendant américain arrivé sur nos écrans cette année, et réalisé par Evan Glodell, qui s’est servi pour son film de la musique présente dans l’ordinateur portable oublié un jour chez lui par son ami Jonathan Keevil. En voici un extrait, le très mélancolique “Bland”:

 

Type moins connu de bande originales, les “hybrides” ou simplement dures à classer, parce que, de par leur nature, elles sortent du lot.

Un exemple, la bande originale du film suédois “Sound of Noise” réalisé par Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson, composée par les Six Drummers, également acteurs dans le film et dont les instruments sont des objets de la vie quotidienne, des objets présents dans une banque aux appareils d’une salle d’opérations d’un hôpital.

Deuxième exemple, celui de “Bright Star” de la néo-zélandaise Jane Campion dont la musique de Mark Bradshaw ne peut-être dissociée de la voix des comédiens Ben Wishaw et Abbie Cornish, des différents poèmes du poète anglais John Keats ainsi que des lettres que ce dernier a échangé avec la jeune Fanny Brawne. Un vrai bijou.

Puis il y a la bande originale plus classique, que l’on délègue aux professionels dans la matière, qui maîtrisent à la perfection l’art de composer la musique parfaite pour habiller un film.

Parmi mes favoris, le britannique Clint Mansell (“Black Swan”, “Moon”, “The Fountain”, “Requiem for A Dream”), l’italien Dario Marianelli (“Orgueil et Préjugés”, “Reviens-moi”), le prolifique français Alexandre Desplat (“Argo”, “Moonrise Kingdom”, “Le Voile des Illusions”), le canadien Howard Shore (la trilogie du “Seigneur des Anneaux” et “Bilbo le Hobbit”) et l’italien Ludovico Einaudi (“This Is England”).

En plus des compositeurs précédemment citées, je tenais à partager avec vous le cas de deux coups de cœur plus récents. Le premier, “Perfect Sense” du britannique David Mackensie, dans lequel on est témoins de la naissance d’une histoire d’amour sous fond d’épidémie et de fin du monde. Mais attention, loin du côté film catastrophe auquel vous auriez pu penser, il s’agit là d’une plongée au coeur des sentiments, des sens, qui sont voués à disparaître de la Terre un par un. Le tout accompagné par une bande originale riche en cordes, entièrement composée par l’allemand Max Richter (à l’exception du très pertinent “No Voice Was Raised” des Castanets).

Si vous avez apprécié, comme moi, son travail dans le film “Valse avec Bachir” de l’israélien Ari Folman, voici “Luminous”, composé pour “Perfect Sense”:

 

Et pour finir, mon deuxième coup de cœur, “Les Bêtes du Sud Sauvage” de Benh Zeitlin, un film présenté au Festival de Cannes cette année, dans la sélection “Un Certain Regard”, et qui en est reparti avec la Caméra d’Or, prix qui recompense le meilleur premier film. Bien qu’il n’y ait pas que Cannes, puisque le film a déjà ramassé des récompenses autour du globe et s’apprête maintenant à débarquer sur nos écrans.

Que dire sans trop vous dévoiler l’intrigue, si ce n’est qu’il s’agit d’un beau conte sur fond de bouleversement climatique, fantastique (dans tous les sens du terme) et réaliste à la fois. Une belle histoire portée par un casting impréssionant de justesse et de fraîcheur et dont la musique, composée par Dan Romer et Benh Zeitlin fait partie intégrante.

Je vous laisse l’aprécier en regardant la bande-annonce des “Bêtes du Sud Sauvage”, un petit avant-goût de ce qui vous attend dans les salles obscures cette fin d’année. À ne surtout pas rater !

“When it all goes quite behind my eyes
I see everything that made me
flying around in invisible pieces
I see that I’m a little piece in the big, big universe,
and that makes things right”

>> Avant-première exceptionnelle des “Bêtes du Sud Sauvage” le 19 novembre 2012 à 20h15 à l’UGC Ciné-Cité Bercy, en présence de l’équipe du film. Dans le salles le 12 décembre 2012.

[live report] We Have Band + Isaac Delusion – Le Trabendo, Paris – 13 juin 2012

15 Jun

Avec les premières parties je raisonne un peu comme avec les films, que ce soit par politesse ou par respect par l’effort fourni, quelque soit le résultat, je n’en parle que si j’ai apprécié et que j’ai quelque chose de constructif à dire (sauf cas de dégoût extrême)… tourner sa langue sept fois dans la bouche avant de parler? oui, il y a sans doute un peu de cela.

C’est donc avec plaisir, et sans beaucoup de détails mais plus par rapport à mon ressenti que je vais vous parler de ma plus récente découverte live. Signés sur le label indépendant Cracki Records, déjà célèbre pour ses fêtes à la cool qui rassemblent de plus en plus de monde à chaque nouvelle édition, ce furent les membres d’Isaac Delusion qui ont été chargés d’ouvrir les festivités hier soir au Trabendo, en première partie du concert de We Have Band.

Armés d’un ordinateur portable, quelques consoles servant à enregistrer des boucles et lancer des sons au bon moment (vous excuserez mon ignorance dans la matière), un micro et une basse pour le côté funk, ce fut un set cohérent, plutôt planant, parfois dansant, que le groupe nous a proposé. On a ainsi croisé, quelque part sous un beau bain de lumières, la voix d’Antony Hegarty et la poésie de The Cinematic Orchestra, voire même, au loin le groove des premiers morceaux de DJ Champion. Un beau mélange qui, pour ma part, m’a fait profiter au maximum, malgré un certain manque d’ambiance du côté du public, de quelque chose qui est devenue rare: une première partie digne de ce nom.

Voici “Midnight Sun”, premier morceau du set d’Isaac Delusion. Une petite dégustation en guise d’entrée, avant de passer au plat de résistance.

 

Lumières rallumées, changement de backline, tests son, arrivée des retardataires… et tout est prêt pour acueillir We Have Band pour son deuxième, et dernier (?), passage de l’année dans la capitale, une fois de plus organisé par (la) Super agence d’épopées musicales.

Visiblement contents de retrouver leur public parisien, c’est un set plutôt énergique et bien calibré que le groupe nous a livré ce soir. Set équilibré, composé de titres de leurs deux albums (“WHB” et “Ternion”), dont certains qui n’avaient pas été joués depuis longtemps (“Centrefolds & Empty Screens”), à l’exception de leur concert à la Maroquinerie, en mars dernier (“Love, What You Doing?” ).

Début avec “Where Are Your People?”, suivi de “After All” et “Hear it in the Cans”, parmi d’autres titres aussi puissants les uns que les autres, à l’image de l’imparable “Divisive”.

Profitant du simple, mais beau jeu de lumières que le Trabendo s’est payé pour son lifting, Dede n’a pas raté l’occasion de nous montrer ses meilleurs pas de danse, alternant multiples percussions et regards complices vers Thomas et Darren, ses comparses comme elle, tous de denim vêtus.

Après un magnifique enchaînement de “Tired of Running”, “Honeytrap” et le toujours aussi énergique “Oh !” le groupe s’est retiré de la scène, histoire de boire un coup et se préparer pour un rappel long de trois morceaux. Rappel qui a demarré par “Steel in the Groove”, bien plus efficace en live que sur CD (contrairement à “Watertight”, qui peine à retrouver sa puissance et rythique parfaite sur scène), puis continué avec “You Came Out”, qui a vu sauter le public et Dede descendre dans la fosse pour un mini bain de foule.

“Time After Time”, morceau n’ayant rien à voir avec Cindy Lauper et qui a fait sa première apparition dans une compile de la Maison Kitsuné, indispensable en live et favori des fans, a sonné la fin de ce concert, qui a été aussi bon qu’il nous a semblé passer rapidement.

Et comme à la fin de chaque concert du trio (et du batteur qui les accompagne toujours sur scène), le seul regret que l’on puisse exprimer est celui de ne pas voir figurer (et cela depuis plusieurs années) un si bon groupe à l’affiche des plus grands festivals français. Car si bien quelque chose les caractérise, c’est leur générosité et leur capacité à faire sauter et danser le public, que ce soit en mode club dans une salle de taille modeste (ce qu’on adore) que sur une grande scène de festival. Vous ne me croyez pas? allez demander aux brésiliens, qui les ont vu récemment tourner aux côtés de The Horrors (dont ils ont repris “Still Life”) et de Franz Ferdinand, ni plus ni moins !

Setlist:
Where Are Your People?
After All
Hear it in the Cans
Love, What You Doing?
Visionary
Divisive
Watertight
WHB
Centrefolds & Empty Screens
Tired of Running
Honeytrap
Oh!
-----
Steel in the Groove
You Came Out
Time After Time

 

En bonus: le tout nouveau clip de “Tired of Running”, tourné dans la forêt de Marly-le-Roi, en France, et réalisé par Arthur Castillon et Fabien Pochez. Amateurs d’arbres et de denim, c’est pour vous !